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vendredi 13 octobre 2017

Soleil d'Automne

Automne, mon bel automne, je te retrouve.

La route est d'autant plus sinueuse et minuscule que la masse des feuillages et l'enchevêtrement des bois devient dense. La voiture s'arrête sur un bas côté. Le silence et la multitude harmonieuse des arbres avalent toute la place. Je descends du véhicule et déjà je ressens la douceur de l'air chargé des senteurs du sous bois, ce parfum de feuilles, de terre et d'eau encore pénétré de la fraîcheur de la nuit. Mes oreilles bourdonnent un peu de la différence de pression sonore.

J'entre dans ce songe par un petit sentier. Le soleil joue avec les feuilles dans un kaléidoscope de couleurs vertes, jaunes, orangées, brunes, les arbres ont encore un peu de leur robe de l'été, une petite brise ricoche contre moi, contre eux, je me suis vêtu peut-être un peu légèrement. Il y a un mystère ici et j'avance pour passer le rideau. Je marche et m'enfonce, à la verticale, dans ma rêverie, le soleil monte vers le midi, je dois avoir 7 ou 8 ans, je vais sur le sentier pour chercher des châtaignes... Je les rapporterai à Mamie qui les passera à la poêle, et tout le monde en mangera. J'ai eu la chance d'avoir une enfance où on me laissait aller seul dans la forêt, Papa travaillait sur le Lac des Saint Peyres que l'on appelle aussi La Planète. Signe avant coureur que j'allais passer ma vie sur ma planète ? J'ai passé du temps dans la forêt, c'est en automne que je la préfère. La puissance du végétal est perceptible partout. Les arbres ont passé l'été à tenter de gagner du terrain les uns sur les autres, à enfoncer plus profondément leurs racines plus loin et plus solidement dans la terre, ils ont rivalisé de beauté profitant de la chaleur et ont affronté les pluies violentes que les orages réservent. Ils se sont fortifiés avec les vents. Je me couche contre la terre pour en saisir l'énergie, je suis persuadé qu'ils peuvent sentir ma présence et qu'ils consentiront à partager avec moi un peu de leur sérénité et de leurs secrets... Enfant je les entendais. Bien sûr aujourd'hui je n'ai pas le souvenir de leurs paroles mais je sais qu'ils me parlaient. Si seulement j'avais plus de mémoire... Alors récemment, j'ai repris le sentier de la forêt et dans ce soleil qui n'est ni d'août ni d'octobre, qui n'est ni froid ni chaud, parfois rassérénant puis quelques instants d'après piquant, j'ai levé la tête pendant que les feuilles reflétaient en mille confettis les rayons du soleil, j'ai rempli mes poumons de tout l'air autour de moi. Quelle sensation de bien être, quelle simplicité, quel émerveillement et j'ai dit «Forêt ! C'est l'automne ! Ouvre Moi !».

L'automne commence tôt, au début de notre mois d’août quand le soleil décide d'accélérer sa course. Les arbres ne s'y trompent pas et se préparent à la saison rouge car c'est l'heure du repos et de la douceur avant le sommeil d'hiver. Ils se cuivrent lentement, de façon imperceptible et chuchotent des chansons nostalgiques, murmures de mots doux et indistincts, ils sont prêt à vous susurrer ce que vous n'osez pas vous avouer car ils ont le secret du silence et écoutent le monde par leur réseau de racines, elles font le tour de la terre et passe même sous le béton. Ils nous écoutent et sont les témoins discrets de nos expériences. Certains sont même des cachettes pour les fantômes. Derrière un arbre, un matin que je courrais le long de la Dordogne, sous le bois de rive, j'ai vu mon père qui se tenait là, droit, il m'a regardé passer, m'a souri puis a disparu comme absorbé dans l'écorce d'un frêne.

Cette autre fois, dans le bois, je nous ai revu main dans la main, Cécile, nous devions avoir dix ans, nous marchions et puis en tournant la tête tu n'étais plus là, une première bien aimée envolée. Les arbres, à l'automne, sont des confidents compatissants qui délicatement font s'envoler nos petites tristesses pour en faire leur ramage princier. Pour qu'une feuille se couvre d'or, donnez à son arbre un secret...

Et puis l'automne, quand on est enfant c'est aussi ces belles après-midi où l'on se bouscule et où l'on se jette dans les gros tas de feuilles que l'on prépare dans les jardins des copains ou dans la cour de l'école car ce sont les premières semaines de classe. Tous ces moments à rire sous un soleil déjà plus pâle...

Et puis le temps passe, l'automne annonce les soirées où la nuit tombe tôt jetant sur la ville son habit de lumière, les ombres jouent, les yeux scintillent, la pénombre des porches nous enhardit, il ne fait pas encore trop frais, on marche tous les deux sur les trottoirs de Toulouse et bien maladroitement j'essaye de te dire que je t'aime, les amours de septembre de la vie étudiante sont souvent les premières larmes des pluies de novembre...

Que l'automne est doux, et ses feuilles mortes sont autant d'amourettes qui heureusement n'ont pas eu à se faner trop longtemps... Et chaque automne cette capiteuse nostalgie est un temps de romance où je me sens revigoré. C'est la saison où je me sens le mieux, à la fois fragile et vivant, au bord du monde, sur la frontière d'autres mondes. Dans quel plan sommes nous, et les nervures de la feuille ne sont elles pas autant de possibilités et de chemins que nous aurions pu prendre ou que nous avons pris, combien de feuilles, combien de plans ?

Je suis traîné par terre, tiré par les bras, de façon saccadée et laborieuse, une respiration se fait l'écho d'un effort pénible... Feuilles, terre et aiguilles de sapin passent dans mon pantalon, ma tête frappe lourdement le sol avec un rythme régulier, j'entrouvre les yeux comme dans un demi sommeil, le soleil dessine des ombres fléchissantes, les cimes des arbres me paraissent bien loin, on tire à nouveau, cela me semble long mais étrangement agréable, comme endolori par une sieste dont on ne souhaite pas vraiment se réveiller puis on me jette dans un trou... L'odeur forte de la terre fraîchement retournée m'apaise encore davantage... Étrange expérience que cette journée sur le tournage d'un clip vidéo, «Je cracherai sur ta tombe», c'était il y a un an déjà, une exaltation profane d'automne.

Ainsi nous marchons, moi et mes pensées sur le sentier, les feuilles bruissent et se décident à chanter. Du silence, ce sont mille voix qui se lèvent pour me bercer, il y a dans cette musique des chants de l'automne une propriété qui permet l'abandon et dissout les regrets, il est inéluctable que les feuilles tombent, elles se détachent pour demain enrichir la terre dont les arbres vont se nourrir. Et toi Soleil, tu tournes et tu continues ta course, tu changes la réflexion, et empourpre l'horizon, quelles sublimes couleurs... Je surplombe la forêt, je lévite, immobile, au dessus... Et je la vois s'enflammer comme sait s'enflammer le cœur amoureux, le temps s'accélère mais je ne bouge pas, et je sens sur tes joues la caresse du vin, tes dents se dessinent, tes lèvres laissent s'envoler un rire cristallin. Je t'avais vu passer, comme une flèche, ce n'était pas sur une plage, ni au Canada, ni dans le nord de l'Amérique comme dans la chanson de Joe Dassin mais effectivement avec cette longue robe verte et tes longs cheveux roux tu étais une peinture vivante de John William Waterhouse.

Et le sentier se déroule comme la guitare lascive d'Hôtel California, nous filons à toute allure sur l'autoroute en essayant de prendre de vitesse le soleil qui ne se couchera pas, tu ris, tu es si belle. Le ciel incandescent et les dessins à l'encre de chine sur l'horizon rivalisent de beauté, quelle folie, le monde nous offre tous ces trésors et nous ne savons pas forcément les apprécier. Il faudrait le dire aux enfants.

L'automne apporte les fruits de l'année et sonne l'heure des vendanges. Que le vin de l'année crépite dans nos yeux et nous donne la joie ! On dit que c'est au fruit que l'on reconnaît l'arbre. J'aime l'automne car il nous révèle ce que nous avons retenu. Les feuilles d'automne sont des parchemins où s'écrivent nos mémoires et nos souvenirs.

Et puis ainsi va l'automne, il est l'heure du mystère et du merveilleux, il rougit le sang des cœurs insatiables de rêves et il nous ouvre les portes du voyage intérieur et de l'appel à une joie sereine où la nostalgie cède à l'idée que certaines choses ne valent que parce qu'on ne les vit qu'une fois et que précisément l'automne revient toujours avec ses belles surprises comme dans un gâteau de lune. Car toi aussi ma lune, tu es si belle dans ces nuits d'automne pas encore glacées même si parfois tu nous fais nous perdre. Les lumières des lunes des nuits d'automne sont parfois trompeuses, mais l'erreur est féconde même si elle est parfois cruelle.

Les rouilles d'octobre sont là, elles sont pleines de senteurs alors, je m’assieds, là, au pied d'un vieil arbre plein d'entailles et je prie...

Vaste Forêt, Forêt magnifique et forte,
Quel infaillible instinct nous ramène toujours vers toi
Et nos pieds se mêlent à tes racines et à ton centre...
Automne flamboyant,
Feutre les sentiers de feuilles mortes
Offre nous de nous accomplir encore et encore
Encore et toujours

Forêt de lumière
Le murmure éternel de tes larges rameaux
L’émoi divin de l’homme aux premiers jours du monde,
Dans l’ivresse du ciel, Entends moi !
Grands Bois, Esprits de la forêt, avant l'hiver, dans la nuit, parle moi !

Dans l'étang miroitent les visages parfaits des nymphes rousses
Et le Faune amoureux guette sous le saule,
Son front bestial sent flamber ses yeux
Et son crane déborde,
Que la flûte guide notre pas…
Le beau soir de lune argente l’eau et la brise fait tressaillir les grands chênes...

Les Muses, d’un doigt soulèvent leurs longs voiles
À l’heure où le silence emplit le bois sacré,
Pensives, elles se tournent vers la pleine lune dorée,
Et entendent ma prière...

J'ouvre les yeux.

Le sentier s'est couvert de feuilles, c'est un tapis d'une douceur incomparable, je quitte mes chaussures et pieds nus, je marche... La brise, le balancier des branches des arbres, mon souffle ne font qu'un, je ferme les yeux et me laisse guider par l'intuition, le cœur grand ouvert... Mais la brise sur les feuilles devient braise ardente, les fougères de part et d'autre deviennent flammes alors je n'ai pas le choix que de me mettre à courir... Je cours, je cours... Longtemps...


Fall Doll - Dying heat of summer
Frosty glare of the coming winter
Your empty cold eyes
Your memory on the run but still there
The dead leaf path, Wind does not carry them away
September tears become November rain

I still have October
Nights falls faster and faster
You're never far away
But for you I'm no longer there
I hear the whispers of the monster
You look through as if you did not see the ghost
It is as if We've never been

It is as if We've never been
It is as if We've never been
Perhaps We've never been

Everything is said and done
Can we avoid the next step we do
I was too blind to see the grey
Lost together in our dying sun
Whisper 'good-bye' like a prayer
To try to forget
But autumn always brings you back
Winter will never come

Your sun does not go out
Your sun does not go out

(Poupée d'automne – Dans la chaleur moite et mourante de l'été
Premiers éclats givrés du prochain hiver
Tes yeux vides et froids
Ta mémoire qui s'efface mais qui est toujours là
Le chemin des feuilles mortes et le vent qui ne les emporte pas
Les larmes de septembre deviennent la pluie de novembre

J'ai encore Octobre
Les nuits tombent de plus en plus vite
Tu n'es jamais très loin
Mais pour toi, je ne suis plus là
J'entends les chuchotements du monstre
Tu me regardes comme si tu n'avais pas vu le fantôme
C'est comme si nous n'avions jamais été

C'est comme si nous n'avions jamais été
C'est comme si nous n'avions jamais été
Peut-être que nous n'avons jamais été

Tout est dit
Peut-on éviter la prochaine étape
J'étais trop aveugle pour voir le gris
Perdus que nous étions dans notre soleil mourant
Je chuchote «au revoir» comme une prière
J' essaye d'oublier
Mais l'automne te ramène toujours
L'hiver ne viendra jamais

Ton soleil ne meurt pas
Ton soleil ne s'en va pas)
Je cours, je cours...

Puis, sous mes pieds... Du sable, du sable tiède... J'ouvre les yeux... Un désert. L'air est sec. Au loin, sur l'horizon, comme dans un mirage du soir, se dessine dans le soleil fondant des formes pyramidales... L'automne est ma porte des étoiles...